Une année avec Sainte Hildegarde, Octobre 2026

 

En automne, prendre soin de notre « viridité », ou énergie de vie,

Pour Hildegarde, toute créature porte une « fraîcheur verdoyante » reçue de Dieu. C’est la force qui fait monter la sève, pousser le bourgeon, guérir la plaie.

Chez l’homme, elle touche à la fois le corps, l’âme et l’esprit.

Elle avertit : « Prends garde que par l’instabilité de tes pensées, le pouvoir de fraîcheur verdoyante que tu as reçu de Dieu ne s’assèche en toi. » Autrement dit, ce qui nous vide n’est pas seulement la fatigue physique. C’est aussi la dispersion, l’agitation, les pensées qui tournent en boucle.

Regardez un arbre en octobre. Il ne meurt pas : il retire sa sève vers les racines pour la garder. Hildegarde compare justement l’âme à la sève de l’arbre. L’automne nous invite au même geste : rassembler nos forces plutôt que les disperser.

Exemples pour aujourd’hui

  • Le soir, poser le téléphone une heure avant le coucher : moins de pensées « instables », un sommeil plus réparateur.
  • Sortir chaque jour, même vingt minutes, et admirer la lumière et les couleurs.

Les quatre éléments et les quatre humeurs

Hildegarde hérite de la médecine antique. Le monde est fait de quatre éléments (feu, air, eau, terre) et de quatre qualités (chaud, froid, sec, humide). L’homme, lui, est fait de quatre humeurs : le sang, la bile jaune, la lymphe et la bile noire.

Sa phrase est limpide : « Un homme ne peut être fait d’une seule humeur, ou de deux ou de trois ; mais il est fait de quatre, pour qu’elles s’équilibrent les unes aux autres, de même que le monde est fait de quatre éléments qui s’harmonisent les uns avec les autres. »

De là viennent les quatre tempéraments, que l’on reconnaît encore autour de soi :

Tempérament Humeur dominante À quoi on le reconnaît (en simplifiant)
Sanguin Sang Enthousiaste, sociable, parfois dispersé
Colérique Bile jaune Ardent, décidé, vite irrité
Flegmatique Lymphe Calme, constant, parfois lent à démarrer
Mélancolique Bile noire Profond, sensible, enclin au repli

La médecine moderne ne raisonne plus en humeurs. Mais l’intuition centrale reste juste : la santé est un équilibre, et chacun doit connaître ses pentes pour s’en préserver. Le colérique apprend à ralentir, le mélancolique à chercher la joie, le sanguin à se recentrer.

L’alimentation de la joie

En automne, la nature nous offre justement ce qu’Hildegarde appelait des aliments de la joie :

  • L’épeautre, « excellent grain de nature chaude », qui « donne un esprit joyeux ».
  • La châtaigne, qui « donne force et joie ». C’est le fruit d’octobre par excellence.
  • Le fenouil : « de quelque façon qu’on le mange, il rend le cœur joyeux ».
  • La pomme, l’un des rares fruits qu’elle accepte cru.

Et une règle d’or quand les jours fraîchissent : commencer par manger chaud.

Pour Hildegarde, l’estomac a besoin de chaleur pour bien digérer. Elle se méfie des crudités, sauf exceptions (châtaigne, fenouil, pomme, cresson, persil, sauge). Ni trop chaud, ni trop froid : tiède et doux. Et nous retrouvons ce même principe, dans la médecine traditionnelle chinoise qui privilégie la notion de tempéré pour économiser l’énergie de l’estomac.

Une journée d’octobre à la manière d’Hildegarde

  • Matin : une bouillie d’épeautre chaude à la pomme (recette ci-dessous).
  • Midi : un velouté de potiron et châtaignes, du pain d’épeautre.
  • Collation : une poignée de châtaignes grillées ou une pomme.
  • Soir : fenouil braisé, légumes racines rôtis, une tisane de fenouil.

À essayer ce mois-ci : la bouillie d’épeautre à la pomme

Pour une personne :

  1. Faire cuire 40 g de semoule ou de flocons d’épeautre dans 200 ml d’eau, 5 à 10 minutes.
  2. Ajouter une pomme coupée en dés et laisser compoter quelques minutes.
  3. Parfumer d’une pincée de cannelle et, si vous en avez, d’une toute petite pincée de galanga.
  4. Sucrer d’une cuillerée de miel, hors du feu.

C’est un petit-déjeuner chaud, doux et rassasiant : exactement ce qu’Hildegarde recommandait pour « réchauffer l’estomac » au seuil de l’hiver.

 

Hildegarde  insistera toujours sur la nécessité de rechercher sans cesse un équilibre de vie; Pour cela elle recommande

•Veiller sur les 5 sens

•Garder l’activité du corps

•Soigner l’Homme dans son unité: corps âme esprit

I/VEILLER SUR NOS 5 SENS:
1/ Prendre soin de sa vue

Vue intérieure et vue extérieure:  « la pupille concerne la vision de l’œil intérieur, que la chair ignore; la paupière concerne la vision extérieure »

Il faut fermer les yeux pour regarder à l’intérieur.

Pour prendre soin de nos yeux: regarder la nature et particulièrement les grandes étendues vertes qui reposent la vue

2/ Prendre soin de l’ouie:  Musique et Silence
•Musique Hildegarde a composé de nombreuses oeuvres musicales ,totalement inspirée par sa méditation et prière. Entre autres: «  le miroir de l’harmonie des sphères célestes et des chœurs angéliques. »

Elle insiste sur le rôle thérapeutique de la musique et du chant qu’elle applique avec ses sœurs; 

•Tout aussi important, elle insistera aussi sur l’Importance de se réserver des plages de silence, pour prier.

3/Prendre soin de son odorat

Elle cite souvent les parfums des fleurs, des plantes: Lys, lavande, encens

Elle donne des astuces pour ne pas sentir mauvaises odeurs: Manger ou boire du fenouil tous les jours, mettre de la sauge dans les narines

Hildegarde disait ( au XIIème siècle!) de façon empirique que les aliments sont d’abord détectés par le cerveau grâce aux odeurs et à leur goût.  Ce que l’on sait aujourd’hui.

4/ Prendre soin de son toucher: 

Toucher le corps pour le soigner et comme véhicule terrestre de l’âme; donc sans ces préjugés religieux de son époque où le corps était l’endroit où le « diable » se logeait.

En cas de douleur, elle recommandait de « frotter avec vigueur l’endroit où l’on souffre » avec un onguent, de l’huile d’olive, ou simplement la main.

5/ Prendre soin de son goût:

Hildegarde qualifie certains aliments, d’aliments de la joie, comme la cannelle, la muscade, le fenouil qui ont un impact sur l’âme en réveillant la joie .

Or la joie est ce que l’homme a perdu.La joie est intimement liée à cette « Viriditas » Une âme joyeuse est une âme « verte », féconde, irriguée par la grâce.La joie n’est donc pas une émotion passagère mais le signe d’une vie qui circule, qui porte du fruit. Nous y reviendrons

La pensée du mois : l’arbre d’octobre ne lutte pas contre la saison. Il rassemble sa sève. Faisons de même, et gardons notre viridité pour l’hiver, en prenant soin de cultiver le beau, le bon, le bien.

 

II/GARDER L’ACTIVITÉ DU CORPS:  
Sainte Hildegarde mentionne l’importance du mouvement quotidien, ce qui était surement plus évident à son époque qu’à la nôtre.
La marche, mais aussi la danse, Hildegarde faisait danser et chanter ses soeurs, comme  une forme de prière offerte à Dieu; Si la prière silencieuse faisait partie de la vie d une moniale, le mouvement ,voire la danse et le chant étaient aussi prônés par Sainte Hildegarde
Tout était occasion de rendre grâce.
III/SOIGNER L’HOMME DANS SON UNITÉ
L’âme vivifie le corps et lui permet d’exister en tant que forme.

L’image la plus célèbre se trouve dans le  Scivias : l’âme est dans le corps comme la sève dans l’arbre. Hildegarde y distingue cinq puissances de l’âme, chacune associée à une partie de l’arbre vivant.

Puissance Image dans l’arbre Rôle
Intellect (intellectus) La verdeur des branches et des feuilles Saisir, comprendre ce qui se présente
Volonté (voluntas) Les fleurs Désirer et choisir
Esprit (animus) Le premier fruit qui éclôt Mettre en mouvement l’action
Raison (ratio) Le fruit arrivé à pleine maturité Achever, juger, ordonner
Sens (sensus) La hauteur et l’étendue de l’arbre Ouvrir l’âme au monde extérieur

 

L’âme n’est pas un pilote enfermé dans une machine, mais un principe de croissance. Comme un arbre, elle passe de la pousse à la fleur et au fruit ; sa vie est une maturation, qui peut aussi se dessécher

L’âme et le corps : une collaboration, non une prison

Hildegarde refuse le mépris du corps : l’âme et le corps sont deux partenaires qui accomplissent ensemble l’œuvre humaine. Le corps est le «tabernacle » ou le vêtement de l’âme, non sa geôle.

Un partenariat inégal mais réel

L’âme commande, le corps exécute ; mais l’âme ne peut rien faire sur terre sans lui. Elle agit à travers lui, et c’est avec lui qu’elle mérite ou démérite. Ce point est décisif : le salut ne consiste pas à fuir le corps, mais à le gouverner.

Pour  sainte Hildegarde, on ne soigne jamais seulement un corps ou seulement une âme : on soigne un homme, fait de trois dimensions qui retentissent les unes sur les autres. Quatre textes fondent cette conviction (traductions personnelles à partir du latin, à vérifier dans une édition publiée avant citation).

  1. « L’âme est dans le corps comme la sève dans l’arbre » (Scivias, I, 4, 26). On ne soigne pas la sève sans l’arbre, ni l’arbre sans la sève : la santé est une circulation de vie, non l’état d’une pièce isolée.
  2. « Il y a trois voies dans l’homme : l’âme, le corps et les sens ; c’est par elles que s’accomplit la vie humaine » (Scivias, I, 4). Le soin doit atteindre les trois : ce que l’on mange, voit et entend agit sur l’âme, et ce que l’âme éprouve agit sur le corps.
  3. « Symphonialis est anima », l’âme est symphoniale (lettre aux prélats de Mayence, 1178-1179). Être en santé, c’est être accordé ; être malade, c’est être désaccordé.
  4. La maladie comme dissonance (idée centrale du Causae et curae, non citation littérale). Avant la faute, les humeurs d’Adam étaient en équilibre ; la mélancolie et la maladie sont entrées dans le corps avec « le péché. » Mal physique et mal moral ont la même racine : une rupture d’harmonie.

Les principes du soin Hildegardien

De cette vision découle une manière de soigner qui mobilise ensemble le corps, l’esprit et l’âme.

  • Le rythme et la mesure : Hildegarde attache une grande importance à l’équilibre entre veille et sommeil, travail et repos, nourriture et jeûne. C’est la discretio bénédictine, la juste mesure, appliquée à la santé.
  • Contre l’excès d’ascèse : dans ses lettres, elle met en garde contre les jeûnes et les mortifications excessifs, qui épuisent le corps et, par là, privent l’âme de son instrument.
  • Les remèdes de la nature : dans la Physica, plantes, arbres, pierres et animaux sont décrits selon leurs vertus. La création, elle-même porteuse de viriditas, peut rendre au corps sa verdeur.
  • La musique et la prière : le chant accorde l’âme ; Elle fait de la louange chantée un remède contre la dissonance introduite par la faute.
  • Les vertus comme médecine de l’âme : dans le Liber vitae meritorum, chaque vertu répond à un vice comme un remède à une maladie.

 

Enfin un mot encore sur le chant: mais je vous reviendrai avec un post entier consacré à la musique chez Hildegarde

Sainte Hildegarde fait le lien entre l’âme, le corps et la musique. Pour elle, le chant n’est pas un ornement de la liturgie : c’est un exercice de l’âme tout entière, qui engage la voix, donc le corps, et qui restaure en partie l’harmonie détruite par la « faute. »

 

En octobre, continuons à prendre soin de notre équilibre: corps esprit, âme dum mieux que nous pouvons.

Au mois prochain!

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