Bouée de secours du 22 Novembre 2021

 

Extrait de  La passion de la fraternité: Beethoven, d’Éric Orsenna, où l’auteur cite un texte de Victor Hugo à propos de Beethoven:

« Ce sourd entendait l’infini.

Penché sur l’ombre, mystérieux voyant de la musique, attentif aux sphères, cette harmonie zodiacale que Platon affirmait, Beethoven l’avait notée. Les hommes lui parlaient sans qu’il les entendit; il y avait une muraille entre eux et lui; cette muraille était à claire-voie pour les mélodies de l’immensité. Il a été un grand musicien, le plus grand des musiciens, grâce à cette transparence de la surdité.

L’infirmité de Beethoven ressemble à une trahison; elle l’avait pris à l’endroit même où il semble qu’elle pouvait tuer son génie, et chose admirable, elle avait vaincu l’organe, sans atteindre la faculté. Beethoven est une magnifique preuve de l’âme. Si jamais l’inadhérence de l’âme et du corps a éclaté, c’est dans Beethoven. Corps paralysé, âme envolée.

Ah! vous doutez de l’âme? Eh bien! écoutez Beethoven. Cette musique est le rayonnement d’un sourd. Est ce le corps qui l’a faite?

Cet être qui ne perçoit pas la parole engendre le chant. Son âme, hors de lui, se fait musique.

Que lui importe l’absence d’organe!

Le verbe et là, toujours présent. »

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